Greffer un cerisier est un geste technique gratifiant pour multiplier une variété savoureuse ou adapter un arbre à un sol spécifique. Contrairement au pommier, le cerisier est exigeant et ne tolère pas l’approximation. Sa sève abondante et sa tendance à la gommose imposent un calendrier strict et une précision rigoureuse. Maîtriser le moment idéal et la méthode adaptée est la condition sine qua non pour garantir une fusion réussie entre le greffon et le porte-greffe.
Les périodes idéales selon la technique de greffe
Le succès dépend de la physiologie de l’arbre. Le cerisier réagit différemment selon que la sève est en pleine montée ou au repos relatif.
Le printemps pour les greffes de rameau
De mars à avril, la circulation de la sève favorise la soudure du cambium. C’est la période privilégiée pour les greffes en fente ou à l’anglaise. Il est impératif d’utiliser des greffons prélevés durant l’hiver (décembre ou janvier) et conservés au frais, afin qu’ils restent en dormance alors que le porte-greffe s’éveille. Ce décalage physiologique est le secret de la reprise.
L’été pour la greffe en écusson
Entre la mi-juillet et la fin août, on pratique la greffe en écusson à œil dormant. L’écorce se détache facilement, permettant d’insérer un bourgeon prélevé le jour même. La soudure s’opère durant l’été, mais le bourgeon ne démarrera qu’au printemps suivant. Dans les régions méridionales, une greffe à œil poussant est parfois possible en juin, bien que plus délicate.
Comparatif des techniques de greffe pour le cerisier
Toutes les méthodes ne conviennent pas au Prunus avium. Certaines, comme la greffe en couronne, sont déconseillées car elles créent des plaies importantes favorisant les maladies.
La greffe en écusson : la plus sûre
C’est la technique de référence. Elle est peu traumatisante car elle ne nécessite qu’une petite incision en T. Elle favorise une cicatrisation rapide et limite les risques de gommose. Choisissez un porte-greffe dont le diamètre ne dépasse pas 3 cm. Insérez l’écusson sous l’écorce soulevée, puis ligaturez fermement avec du raphia ou un ruban spécifique, en laissant l’œil libre.
La greffe en fente : pour les sujets jeunes
Pratiquée au printemps, elle consiste à fendre le porte-greffe pour y insérer un ou deux greffons taillés en biseau. Cette méthode est plus risquée sur le cerisier en raison de la surface de bois mise à nu. Elle est réservée aux porte-greffes de faible diamètre (2 à 3 cm maximum) pour assurer une fermeture rapide. L’application d’un mastic à greffer de qualité est indispensable pour protéger la coupe.
La greffe en incrustation : une alternative robuste
La greffe en incrustation se pratique au printemps ou en septembre. Au lieu de fendre le bois, on découpe un triangle dans le côté du porte-greffe pour y ajuster parfaitement le greffon taillé en V. Cette technique offre une excellente surface de contact entre les zones génératrices et limite les tensions mécaniques, réduisant les risques de cassure.
| Technique | Période idéale | Difficulté | Avantage |
|---|---|---|---|
| Écusson (œil dormant) | Août – Septembre | Modérée | Reprise, peu de gommose |
| Fente | Mars – Avril | Simple | Changement de variété |
| Incrustation | Mars ou Septembre | Élevée | Soudure solide |
| Anglaise simple | Mars | Modérée | Porte-greffes fins |
Choisir le bon porte-greffe pour la longévité
La réussite d’une greffe se mesure à la santé de l’arbre sur le long terme. Le cerisier exige une adéquation parfaite entre le terrain et son support racinaire.
Si le porte-greffe et le greffon présentent des rythmes de croissance divergents, des tensions apparaissent au point de greffe, perturbant la circulation des nutriments. Sur un sol calcaire et sec, le Sainte-Lucie (Prunus mahaleb) est idéal car il tolère une remontée de sève lente. En terre profonde et fraîche, le Merisier (Prunus avium) offre une charpente vigoureuse et pérenne.
Voici les options courantes :
- Le Merisier : Pour des arbres de grande taille, très vigoureux, mais avec une mise à fruit lente.
- Le Sainte-Lucie : Adapté aux sols calcaires et aux formes réduites. Il craint les terres lourdes ou humides.
- Le Prunier Adara : Une alternative pour les sols difficiles, car il est compatible avec certains pruniers.
- Le Maxma 14 ou Gisela : Des porte-greffes modernes qui limitent la taille de l’arbre, facilitant la récolte.
Les erreurs critiques à éviter
Même avec un calendrier respecté, le cerisier peut échouer. Voici les points de vigilance pour maximiser vos chances.
Le respect du cambium
Le cambium est la fine couche verte située sous l’écorce. C’est la seule zone capable de souder la greffe. Chez le cerisier, elle est très fine. Si vous alignez mal le cambium du greffon avec celui du porte-greffe, la greffe sèchera. Ne vous fiez pas à l’épaisseur des écorces, qui peut varier, mais uniquement à l’alignement des zones vertes génératrices.
La gestion de la gommose
Le cerisier réagit aux agressions par la production de gomme. Évitez de greffer par temps de pluie ou lors de fortes chaleurs orageuses. Désinfectez votre greffoir à l’alcool entre chaque arbre pour prévenir la transmission de maladies. Une coupe nette, sans écrasement des fibres, est la meilleure protection contre l’écoulement de résine.
Le suivi post-greffage
Le travail se poursuit après la pose. Pour une greffe en écusson, vérifiez après trois semaines : si le pétiole tombe au toucher, la greffe a pris. Pour les greffes de printemps, surveillez les ligatures. Le cerisier grossit rapidement et un lien trop serré peut étrangler le greffon. Supprimez systématiquement les gourmands qui poussent sur le porte-greffe sous le point de greffe, car ils pompent l’énergie au détriment de la nouvelle variété.